« SI TON FRÈRE OU TA SŒUR A COMMIS UN PÉCHÉ, VA LUI PARLER À SEUL »
La liturgie de ce dimanche suggère une réflexion sur notre responsabilité envers les frères et sœurs qui nous entourent. Elle déclare clairement que personne ne peut rester indifférent à ce qui menace la vie et le bonheur d’un frère et que nous sommes tous responsables les uns des autres.
La première lecture nous parle du prophète comme « sentinelle », que Dieu a placé pour veiller sur la cité des hommes. Attentif aux plans de Dieu et à la réalité du monde, le prophète réalise ce qui subvertit les plans de Dieu et empêche le bonheur des hommes. En tant que sentinelle responsable, il alerte alors la communauté sur les dangers qui la menacent. « Si tu n’avertis pas le méchant, c’est toi que je demanderai compte de son sang ».
L’Évangile précise notre responsabilité d’aider chaque frère et sœur à prendre conscience de ses erreurs. C’est un devoir qui résulte du commandement de l’amour. Jésus enseigne, cependant, que la bonne façon d’atteindre cet objectif n’est pas par l’humiliation ou la condamnation de ceux qui ont échoué, mais par un dialogue fraternel, loyal et amical, qui révèle à notre frère que notre intervention résulte de l’amour.
L’Évangile nous invite aussi à respecter notre frère, mais à ne pas être d’accord avec les mauvaises attitudes qu’il peut adopter. Aimer quelqu’un, ce n’est pas être indifférent quand il se fait du mal ; donc aimer signifie, plusieurs fois, corriger, remettre en question, être en désaccord… Il faut beaucoup aimer et beaucoup respecter l’autre, courir le risque de ne pas être d’accord avec lui, de faire des observations qui lui feront du mal ; cependant, c’est une exigence qui résulte du commandement de l’amour …
Quelles mesures devraient être prises envers ceux qui font des erreurs ? Comment procéder ? Tout d’abord, nous devons éviter de faire connaître les erreurs et les échecs des autres. Dénoncer publiquement l’erreur de quelqu’un peut signifier détruire sa crédibilité et sa réputation, la paix et la tranquillité, les relations familiales et la confiance des amis. Faire juger quelqu’un sur la place publique - qu’il soit coupable ou non - c’est le condamner par avance, ce n’est pas lui donner la possibilité de se défendre et de s’expliquer, c’est lui restreindre le droit de faire appel à la miséricorde et la capacité de le pardon des autres frères. Humilier publiquement notre frère est avant tout un grave défaut contre l’amour. C’est pourquoi l’Évangile d’aujourd’hui nous invite à aller vers le frère qui a échoué et à le réprimander seul …
Surtout, notre intervention auprès de notre frère ne doit pas être guidée par la haine, la vengeance, la jalousie, l’envie, mais être guidée par l’amour. La logique de Dieu n’est pas la condamnation du pécheur, mais sa conversion ; et cette logique doit toujours être présente, lorsque nous sommes confrontés aux frères qui ont échoué. Qu’est-ce qui nous amènent parfois à agir et à confronter nos frères à leurs erreurs : l’orgueil blessé, le désir d’humilier ceux qui nous font du mal, la haine, ou l’amour et le désir de voir notre frère retrouver le bonheur et la paix ? Le but de la correction fraternelle n’est pas d’humilier, mais de réconcilier. Il ne s’agit pas d’avoir raison et de montrer que nous sommes meilleurs que l’autre. Le but de la correction fraternelle est d’éviter que l’autre ne soit humilié et marginalisé.
En seconde lecture, Saint Paul invite les chrétiens de Rome (et de tous les lieux et époques) à placer le commandement de l’amour au centre de l’existence chrétienne. C’est une « dette » que nous devons à tous nos frères et sœurs et qui ne sera jamais entièrement payée. « Celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi ».
