Homélie du dimanche 15 septembre

“QUE DEVONS-NOUS DONC FAIRE ?”

La liturgie de ce 3e dimanche de l’Avent nous invite à la joie. La joie est très
importante pour nous tous. Elle nous fait du bien. Elle habite les profondeurs de notre
être et peut rester présente même aux heures sombres de notre vie. Une telle joie est
un don, une grâce, offerte sans cesse à qui veut bien l’accueillir.
C’est ce message que nous trouvons dans la première lecture. Le prophète Sophonie
profite d’un petit bout de paix retrouvée pour inviter son peuple à faire la fête. Cette
accalmie est le signe d’une transformation plus profonde que Dieu accomplira un jour.
On n’aura plus à craindre la guerre : l’humanité sera conviée à danser de joie avec son
Seigneur. C’est l’amour qui aura le dernier mot sur la terre. Ce sera le triomphe
définitif du Sauveur au milieu des hommes. Donc, « Pousse de joie, fille de Sion » !
Ces paroles du prophète s’adressent aussi à chacun de nous aujourd’hui. Ce dimanche
nous invite à la joie car le Seigneur est au milieu de nous. Nous ne devons pas nous
laisser aller à la tristesse ni au découragement. Le Seigneur est toujours là au cœur de
nos vies. C’est en lui que nous trouverons la vraie joie.
C’est aussi cet appel à la joie que nous retrouvons dans la lettre de saint Paul aux
Philippiens (2e lecture). Il écrit de sa prison ; on attendrait de sa part un message
d’inquiétude et d’angoisse. Pourtant il rayonne de joie et il invite ses correspondants à
la partager ; un chrétien doit frapper tous les regards par sa joie inaltérable ; c’est là
son meilleur témoignage dans un monde perpétuellement inquiet. La joie chrétienne a
sa source dans la certitude que le Christ est proche de celui qui souffre, proche des
affligés. Malgré les multiples raisons d’inquiétude, il ne cesse de nous rejoindre pour
nous apporter la joie et la sérénité.
Mais pour en arriver là, « que nous faut-il faire » ? C’est la question que les foules
posent à Jean Baptiste, dans l’évangile d’aujourd’hui. La réponse de Jean est claire et
sans ambiguïté ; elle se résume en un mot : partager. Ses conseils sont simples, ils
s’adressent aux personnes ordinaires que nous sommes tous : partagez l’essentiel, le
vital, c’est-à-dire, le vêtement et la nourriture. Saint Basile disait : « Le pain que vous
réservez pour demain appartient aux affamés. Les vêtements qui remplissent vos
armoires appartiennent à ceux qui sont nus ». Les biens dont nous disposons sont
toujours un don de Dieu et appartiennent donc à tous : nul n’a le droit de se les
approprier à son profit exclusif. Les inégalités choquantes, l’indifférence qui nous fait
fermer notre cœur aux cris de ceux qui vivent au-dessous du seuil de la dignité
humaine, l’égoïsme qui nous empêche de partager avec ceux qui n’ont rien, sont des
obstacles insurmontables qui empêchent le Seigneur de naître parmi nous. Nos
communautés et nous-mêmes témoignons-nous de ce partage qui est signe du
Royaume proposé par Jésus ?
Aux collecteurs d’impôts, il ne demande pas de quitter leur travail, pourtant très mal
perçu, mais d’agir avec justice et honnêteté. Les publicains étaient ceux qui
extorquaient de l’argent de manière douteuse, dépossédaient les plus pauvres et
s’enrichissaient illicitement. Qu’en est-il des schémas modernes immoraux (parfois

licites mais immoraux) pour devenir riche rapidement ? Qu’en est-il de la corruption,
du blanchiment d’argent sale, de l’évasion fiscale, des frais exagérés facturés pour
certains services, de la fraude ? Est-il possible de nuire consciemment à un frère ou à
toute la communauté et d’accueillir « le Seigneur qui vient » ?
Aux soldats, il ne demande pas de renoncer aux armes, mais d’avoir le souci des autres
et de se détacher de la convoitise. « Ne faites violence à personne, n’accusez personne
à tort ». Et qu’en est-il des actes de violence, qui frappent si souvent des innocents et
font couler le sang ou, à tout le moins, provoquent souffrance et injustice ? Et qu’en
est-il des actes de terrorisme gratuit, même s’ils sont déguisés en lutte de libération ?
Qu’en est-il de l« exploitation de ceux qui travaillent, du refus d »un salaire équitable ou
de l« exploitation des immigrés étrangers ? Et l »arrogance qui se commet dans les
tribunaux, dans les offices publics, dans la maison elle-même et, si souvent, dans les
réceptions de nos églises ? Dans ce cadre, est-il possible d"accueillir Jésus ?
En fait, Jean renvoie chacun à la réalité de sa vie, quelle qu’elle soit, afin de trouver
dans le réel de cette vie ce qu’il y a de bon et beau pour que vienne Celui qui vient, le
Maître de la vie. Ses recommandations invitent tous à un renoncement à quelque
chose, pour s’ouvrir à quelqu’un. Les choses extraordinaires ne sont pas nécessaires ; il
suffit de laisser la Bonne Nouvelle de Jésus illuminer notre quotidien et nous convertir.
Alors, parce que nous allons bientôt célébrer l’incarnation, la promesse de notre salut,
vivons dans la joie paisible et offrons-la autour de nous.

18 décembre 2024