« J’AIS VU LA MISÈRE DE MON PEUPLE »
La liturgie d’aujourd’hui est un appel à la conversion. Se convertir, c’est surmonter les malheurs et se créer des opportunités de vie.
Dans le récit que nous venons d’entendre, Jésus combat une croyance qui a la vie dure : les catastrophes seraient une punition divine. N’est-ce pas encore la réaction spontanée de beaucoup quand leur arrive un ennui : « qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu ? » Il est faux et même blasphématoire de penser que les cataclysmes qui peuvent se produire soient des punitions divines.
Dans l’Évangile, Jésus commente aujourd’hui deux faits divers atroces : l’assassinat d’un groupe de gens pendant qu’ils offraient un sacrifice et la mort d’un autre groupe dans l’effondrement d’une tour. « Pensez-vous qu’ils étaient plus pécheurs que les autres », sous-entendu « pour mériter une telle punition » ? Aujourd’hui, Jésus peut nous demander : “Pensez-vous que les personnes victimes de la guerre en Ukraine, au Mali ou dans d’autres pays, ou les victimes des intempéries… sont plus pécheurs que les autres ?” Et la réponse est claire. « Eh bien, non. » Mais le plus souvent, face à la souffrance, ce qui vient plutôt à l’esprit c’est la négation de Dieu : puisque le mal existe, Dieu n’existe pas. Que dire à ceux qui sont ainsi blessés ou révoltés ? Leur proposer d’accueillir la Parole de la liturgie d’aujourd’hui.
Voyez plutôt en première lecture : Moïse est un assassin fugitif, dont le peuple est maltraité. Et dans un buisson qui brûle sans se consumer, Dieu se révèle à lui : « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. J’ai vu la misère de mon peuple, oui je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer. » Le mal reste une énigme. Il risque toujours de nous fasciner au point de nous plonger dans une sorte de désespoir car il est le plus souvent insensé. Moïse ne s’est pas enfermé dans le cercle des explications possibles au malheur qui frappait son peuple. Sa vie a changé lorsqu’il a détourné son regard de l’Égypte qu’il fuyait pour s’attacher fermement à l’Invisible qui se manifeste dans le buisson ardent. De même, notre vie est changée lorsque nous nous détournons du mal sous toutes ses formes pour suivre résolument la voie de notre Sauveur. En effet, le Christ n’est pas venu pour expliquer le mal, mais pour lutter contre lui et nous en libérer.
Paul, dans la deuxième lecture, nous raconte une fois encore l’histoire de la libération des Juifs d’Egypte et de cette longue marche qui les a conduits à travers un désert jusqu’à la Terre promise. Il compare les étapes de la vie chrétienne aux étapes de cette conquête de la liberté : le baptême est comparé au passage de la mer rouge, l’eucharistie à la manne, et le rocher dont des légendes juives disent qu’il accompagnait le peuple, devient un symbole du Christ. Paul veut persuader tous les chrétiens qui traversent le désert de l’épreuve, de le faire en faisant confiance au Christ et en ayant la certitude que le Christ les y accompagne.
L’évangile enfin nous raconte l’histoire de la vigne et du figuier. Depuis Isaïe, les Juifs avaient l’habitude d’entendre des histoires où leur pays et leur peuple étaient comparés à une vigne que Dieu avait plantée pour qu’elle donne le meilleur vin et qu’il menaçait d’arracher parce qu’elle ne produisait rien. Jésus ajoute à la parabole traditionnelle un vigneron qui plaide pour la vigne. « Laisse-la encore cette année, le temps que je bêche. » Le vigneron bien sûr, c’est Lui. Non seulement il plaide pour tous ceux qui sont dans le malheur mais il vient les rejoindre au cœur de leur mal. La bêche qu’il plante en terre est sa croix. En se donnant totalement, en s’offrant il reçoit la vie du Père. Et tous ceux qui souffrent vivent déjà avec lui. Ne serait-ce pas cela la conversion à laquelle il nous invite ? Osons lui faire confiance dans nos problèmes et luttons de toutes nos forces contre le mal, en nous, dans l’Eglise et dans le monde. Tout au long de l’histoire, les puissants, après avoir tué, se lavent les mains. Aujourd’hui, quelque chose de similaire se produit : les gens veulent la PAIX, et les puissants détruisent des VIES. Si nous ne nous convertissons pas, en travaillant pour un monde plus juste, davantage de victimes innocentes continueront de mourir.
Le Carême est un temps idéal pour fertiliser notre arbre. La prière, le jeûne et le partage peuvent améliorer la fertilité de notre terrain. Le Christ nous invite aujourd’hui à profiter du temps qui nous est accordé, un temps précieux qui est un don de Dieu. Chaque Carême est une nouvelle opportunité que Dieu nous donne.
Homélie du dimanche 23 mars

26 mars 2025