Homélie du dimanche 1er mars

La Transfiguration et la Prière : monter pour écouter

Dans la deuxième étape du cheminement du Carême, la Parole de Dieu nous invite à raviver notre foi, à écouter sa voix, à nous engager sans hésitation ni préjugé sur la voie qu’il nous indique. Il se peut que, selon la logique humaine, les chemins que Dieu nous montre paraissent étranges et illogiques ; mais ils nous mènent sans aucun doute à la vie véritable et éternelle.

La première lecture nous présente celui que la catéchèse d’Israël considère comme le modèle du croyant : Abraham. Après avoir entendu Dieu lui dire : « Mets-toi en route », Abraham quitte tout, rompt tous ses liens et s’avance vers l’inconnu, prêt à relever tous les défis que Dieu jugera bon de lui présenter. Son obéissance est totale, sa confiance inébranlable. La manière dont Abraham se remet entre les mains de Dieu interpelle et questionne les croyants de tous les temps.

L’Évangile nous raconte la transfiguration de Jésus sur une montagne, en compagnie de Pierre, Jacques et Jean.

En ce deuxième dimanche de Carême, faisons nous aussi l’expérience de gravir cette montagne avec Jésus… En gravissant la montagne, nous pouvons lui parler et, en toute sincérité, lui confier nos doutes et nos angoisses. Nous pouvons lui dire que parfois nous nous sentons perdus et découragés par l’organisation du monde ; nous pouvons lui dire que le chemin qu’il nous indique est difficile et exigeant, et que nous ne savons pas si nous aurons le courage de le parcourir jusqu’au bout. Nous pouvons même lui avouer, peut-être avec une certaine honte, que parfois nous doutons de lui et nous laissons tenter par d’autres options, plus confortables, plus attrayantes et moins risquées… Et, après lui avoir tout dit, laissons Jésus nous parler, nous expliquer son plan, renouveler son appel… Et soyons attentifs à la voix de Dieu qui nous assure : « Voici, ce Jésus que j’ai envoyé à votre rencontre est mon Fils, mon élu, celui à qui j’ai confié le projet d’un monde plus humain et fraternel… Je confirme la vérité du chemin qu’il vous propose. » Y a-t-il de la place dans nos vies pour entendre cette « voix de Dieu » et marcher dans la direction qu’elle indique ?

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve toute ma joie. Écoutez-le. » C’est vrai : nous devons écouter Jésus davantage et mieux. Lorsque nous l’écoutons – c’est-à-dire lorsque nous entendons ce qu’il nous dit, lorsque nous accueillons ses enseignements dans nos cœurs et lorsque nous cherchons à les mettre en pratique dans nos vies – nous commençons à tout voir plus clair. Nous commençons à comprendre quelle est la manière la plus humaine d’affronter les problèmes de la vie et les maux de notre monde ; nous prenons conscience des grandes erreurs que les êtres humains peuvent commettre et nous découvrons les solutions que Dieu nous indique… Écouter Jésus peut nous guérir de notre aveuglement ancestral, des préjugés qui nous empêchent d’accueillir la nouveauté de Dieu, des peurs qui nous paralysent ; écouter Jésus peut nous libérer du découragement et de la lâcheté, et ouvrir nos cœurs à l’espérance. L’écoute de Jésus est-elle au cœur de notre expérience de foi ?

Le Carême est un temps favorable à la conversion, à la transformation et au renouveau. Il nous invite à questionner notre manière d’aborder la vie, les valeurs que nous gardons comme absolus, nos priorités, nos choix, nos certitudes … Que devons-nous changer dans notre façon de penser et d’agir pour devenir des disciples cohérents et engagés, suivant Jésus sur le chemin de l’amour, poussé jusqu’à ses conséquences ultimes, jusqu’au don total de nous-mêmes ?

Dans la deuxième lecture, l’auteur de la Lettre à Timothée nous rappelle que Dieu compte sur nous pour être, dans le monde, les hérauts de la Bonne Nouvelle de son salut. Cela implique peut-être de prendre des risques, d’affronter nos peurs, de susciter l’opposition, de vivre dans l’angoisse ; mais la proposition de Dieu ne peut être effacée des chemins empruntés par l’humanité : elle doit être proclamée haut et fort et toucher le cœur de tous.

Seigneur, à travers cet Évangile de la Transfiguration, tu nous rappelles que le Carême est un chemin de transformation. Par la prière, nous montons avec toi pour écouter la voix du Père. Par la pénitence, nous acceptons d’être purifiés et relevés. Par le partage, nous redescendons vers nos frères pour leur offrir la lumière reçue.

4 mars 2026