Homélie du dimanche 28 mars (Rameaux)

LA PASSION DE L’INNOCENT
La liturgie de ce dimanche nous invite à contempler ce Dieu qui, par amour, est descendu à notre rencontre, a partagé notre humanité, s’est fait serviteur des hommes, s’est laissé tuer, pour que l’égoïsme et le péché puissent être vaincus. La croix nous présente la leçon suprême, le dernier pas de ce chemin de vie nouvelle que, en Jésus, Dieu nous propose : donner la vie par amour.
La première lecture nous présente un prophète anonyme, appelé par Dieu à témoigner de la Parole du salut parmi les nations. Malgré la souffrance et la persécution, le prophète a fait confiance à Dieu et a fidèlement réalisé les projets de Dieu. Les premiers chrétiens ont vu dans ce « serviteur » la figure de Jésus.
La deuxième lecture nous présente l’exemple du Christ. Il s’est dispensé de l’orgueil et de l’arrogance, pour choisir l’obéissance au Père et le service aux hommes, même au don de la vie. C’est ce même mode de vie que nous propose la Parole de Dieu.
L’Évangile nous invite à contempler la passion et la mort de Jésus. Sur la croix, l’amour de Dieu se révèle ; cet amour qui ne garde rien pour lui-même, mais qui devient un don total.
La mort de Jésus doit être comprise dans le contexte de ce qu’était sa vie. Dès son plus jeune âge, Jésus s’est rendu compte que le Père l’appelait en mission : annoncer ce monde nouveau, de justice, de paix et d’amour pour tous les hommes. Pour mener à bien ce projet, Jésus a parcouru les chemins de la Palestine "faisant le bien" et annonçant la proximité d’un monde nouveau, de vie, de liberté, de paix et d’amour pour tous. Il a enseigné que Dieu était amour et qu’il n’excluait personne, pas même les pécheurs ; il a enseigné que les lépreux, les paralytiques, les aveugles ne devraient pas être marginalisés, car ils n’étaient pas maudits par Dieu ; il a enseigné que c’étaient les pauvres et les exclus qui étaient les favoris de Dieu, et ceux qui avaient un cœur plus disposé à accueillir le « Royaume » ; et il a averti les « riches » (les puissants, les installés) que l’égoïsme, l’orgueil, l’autosuffisance, la fermeture ne pouvaient conduire qu’à la mort.
Le projet de libération de Jésus s’est heurté avec l’atmosphère d’égoïsme, de mauvaise volonté, d’oppression qui dominait le monde. Les autorités politiques et religieuses étaient mal à l’aise avec la dénonciation de Jésus : elles n’étaient pas disposées à renoncer à ces mécanismes qui leur garantissaient pouvoir, influence, domination, privilèges ; ils n’étaient pas disposés à prendre des risques, à se désinstaller et à accepter la conversion proposée par Jésus. Alors ils ont arrêté Jésus, l’ont jugé, l’ont condamné et l’ont cloué sur une croix.
Mais sur la croix, on voit apparaître l’Homme nouveau, le prototype de l’homme qui aime radicalement et qui fait de sa vie un cadeau pour tous. 
Célébrer la passion et la mort de Jésus, c’est s’étonner dans la contemplation d’un Dieu que l’amour a fragilisé… Par amour, il est venu à notre rencontre, a assumé nos limites et nos faiblesses, a connu la faim, le sommeil, la fatigue, il a connu la morsure des tentations, il a éprouvé l’angoisse et la crainte face à la mort ; et, couché par terre, écrasé contre la terre, trahi, abandonné, incompris, il a continué à aimer. Cet amour a abouti à une vie bien remplie, qu’il a voulu partager avec nous « jusqu’à la fin des temps » : c’est l’histoire d’amour la plus étonnante qui puisse être racontée ; c’est la bonne nouvelle qui remplit le cœur des croyants de joie.
Contempler la croix où se manifestent l’amour et l’abandon de Jésus signifie adopter la même attitude qu’Il a assumée, et faire preuve de solidarité avec ceux qui sont crucifiés dans ce monde : ceux qui souffrent de la violence, ceux qui sont exploités, ceux qui sont exclus et privés des droits et de la dignité… Regarder la croix de Jésus, c’est dénoncer tout ce qui engendre la haine, la division, la peur, en termes de structures, de valeurs, de pratiques, d’idéologies ; cela signifie empêcher les hommes de continuer à crucifier d’autres hommes ; Vivre de cette manière peut conduire à la mort ; mais le chrétien sait qu’aimer comme Jésus, c’est vivre d’une dynamique que la mort ne peut surmonter.
Que cette semaine soit « sainte » dans les moments quotidiens de rencontre avec Jésus-Christ ! Essayons de vivre avec Lui un moment de prière, de méditation, d’adoration et de participation aux riches célébrations de cette semaine.

13 avril 2026