Homélie du dimanche 8 mars

« SI TU SAVAIS LE DON DE DIEU ! »
Midi sur la plaine et sur le blé. Jésus est fatigué par cette route sous un grand soleil. Il s’est assis au bord d’un puits, celui-là même que fréquentaient jadis Jacob et ses troupeaux. Que de caravanes, de lassitudes et soifs ont abouti là ! Mais aussi que de rencontres, d’alliances et de rendez-vous amoureux se sont tissés auprès de ces eaux vives !
Elle, elle vient avec sa cruche. Elle porte toute la fatigue de sa vie, une soif d’amour jamais étanchée. Elle est venue souvent glisser sa cruche dans la cavité fraîche où sort une eau que même le plein été ne tarit pas. Mais dans quelles profondeurs faudrait-il creuser pour étancher sa soif ? On ne connaît pas son nom ; seulement son sobriquet : la « Samaritaine ». Un surnom d’étrangère, méprisé par les juifs depuis que les habitants de Samarie avaient contracté des alliances avec les Assyriens et élevé un temple rival de celui de Jérusalem. Des bâtards impurs et impies, qu’on ne peut fréquenter sans se souiller… C’est une femme seule, une Samaritaine, et qui n’est pas en règle avec le mariage : trois raisons largement suffisantes, pour un bon juif, d’éviter tout contact !
Mais Jésus ignore ces risques de contamination : « Donne-moi à boire ». C’est le monde à l’envers. En Jésus, c’est Dieu qui prie cette femme de venir apaiser sa soif. La femme s’étonne et, au début, ironise. Mais la surface du puits restera sans rides. Car aussitôt Jésus parle d’une « eau vive » qui désaltère définitivement et transforme celui qui boit en « source jaillissante ».
La modernité a créé de grandes attentes pour nous. Elle nous a dit qu’elle avait la réponse à toutes nos demandes et qu’elle pouvait répondre à tous nos besoins. Elle nous a assuré que la pleine vie était dans une liberté absolue, dans une vie vécue sans dépendance de Dieu ; Elle nous a dit que la pleine vie était dans les progrès technologiques, qui rendraient notre existence confortable, élimineraient la maladie et retarderaient la mort ; affirmait que la pleine vie était dans le compte bancaire, dans la reconnaissance sociale, dans la réussite professionnelle, dans les applaudissements de la foule, dans les « cinq minutes » de célébrité qu’offre la télévision … Cependant, toutes les réalisations de notre temps ne peuvent pas faire taire notre soif d’éternité, de plénitude, de ce « rien d’autre » qui nous manque pour être vraiment heureux. La déclaration essentielle que fait l’Évangile d’aujourd’hui est la suivante : seul Jésus Christ offre l’eau qui étanchera définitivement la soif de vie et de bonheur de l’homme. L’ai-je déjà découvert, ou ma recherche d’épanouissement et de vie complète se fait-elle autrement ? Que faut-il pour que les hommes et les femmes de notre temps apprennent à regarder Jésus et prennent conscience de cette proposition de vie pleine qu’Il offre à tous ?
Regardons le détail de la « cruche » abandonnée par la Samaritaine, après avoir rencontré Jésus … La cruche signifie et représente tout ce qui nous donne accès à ces propositions de bonheur limitées, faillibles et incomplètes. L’abandon de la cruche signifie rompre avec tous les schémas de recherche du bonheur égoïste, pour embrasser la proposition vraie et unique d’une vie pleine. Suis-je prêt à abandonner le chemin du bonheur égoïste, partiel et incomplet, et à ouvrir mon cœur à l’Esprit que Jésus m’offre et qui exige une nouvelle vie pour moi ?
Le cœur de la Samaritaine et celui de la pécheresse battaient ensemble. Elle, après avoir rencontré le « Sauveur du monde », qui apporte de l’eau qui désaltère la soif de bonheur, ne s’est pas enfermée chez elle pour profiter de sa découverte ; mais elle partit pour la ville, proposant à ses concitoyens la vérité qu’elle avait trouvée. La pécheresse est devenue missionnaire. Suis-je, comme elle, un témoin vivant, cohérent et enthousiaste de cette nouvelle vie que j’ai trouvée en Jésus ?
La vie est un cadeau. « Si tu savais le don de Dieu ! », dit Jésus à la femme de Samarie. Dieu est quelqu’un qui offre un cadeau, c’est sa façon de faire une alliance avec nous. Il nous fait vivre parce qu’il est notre Créateur. Il nous fait revivre parce qu’il est notre Sauveur. Il nous fait vivre avec lui et avec nos frères et sœurs car c’est l’Esprit qui fait notre communion. Apprécions ces cadeaux, goûtons leur saveur. La vie, nous la recevons … quel cadeau ! Nous devons le donner … en retour ! 
Sœurs et frères, cette semaine, essayons d’approfondir cette relation que nous sommes invités à vivre avec Dieu et avec nos frères et sœurs. Ne faisons pas partie de ces « gâtés » qui ne savent plus apprécier ce qu’on leur donne ! Ne faisons pas partie de ces « avares » qui ne savent plus quoi offrir aux autres !
Soif du peuple d’Israël dans le désert ! Soif de la Samaritaine ! Et nous ? Avons-nous soif ? À qui ? De quoi ? Quelle source ? Qu’allons-nous bien boire pour tuer toute la soif qui nous habite ? Et si nous nous trompons à la source ? Jésus veut être la SOURCE pour toujours germer en nous.
 « Seigneur, donne-moi cette eau, pour que je n’aie plus soif » !

11 mars 2026