« DONNEZ-LEUR VOUS-MÊME À MANGER »
Aujourd’hui, la liturgie nous présente l’invitation que Dieu nous adresse à nous asseoir à la table qu’il a lui-même préparée et où il nous offre gratuitement la nourriture qui satisfait notre faim de vie, de bonheur, d’éternité.
Dans la première lecture, Dieu invite son Peuple à quitter la terre de l’esclavage et à se diriger vers la terre de la liberté, la nouvelle Jérusalem de justice, d’amour et de paix. Là, Dieu rassasiera définitivement la faim de son Peuple et lui offrira gratuitement la vie en abondance, le bonheur sans fin.
Cette lecture qui nous est proposée révèle le « cœur » de Dieu : son amour, sa sollicitude, son souci de la situation d’un Peuple embourbé dans la misère, la souffrance, la désolation. Dieu n’est jamais indifférent au sort de ses enfants ; mais il est continuellement attentif à leurs besoins, à leur faim de vivre, à leur soif de bonheur. Les croyants peuvent être sûrs qu’à la table de ce banquet où Dieu les réunit, ils trouveront la nourriture qui les rassasie, la main qui les soutient, la parole qui les encourage, le cœur qui les aime. « Venez acheter du vin et du lait sans argent ».
L’Evangile nous présente Jésus, le nouveau Moïse, dont la mission est d’accomplir la libération de son Peuple. Dans le cadre d’un repas, Jésus montre à ses disciples qu’il faut accepter le pain que Dieu offre et le partager avec tous les hommes. C’est ainsi que les membres de la communauté du Royaume échapperont à l’esclavage de l’égoïsme et atteindront la liberté de l’amour.
Matthieu note que Jésus s’est retiré dans le désert, suivi d’une « grande foule » ; et que, impressionné par la soif de vivre de tous ces gens, il fut « rempli de compassion et guérit leurs malades ».
Le désert est, pour Israël, le temps et l’espace de la rencontre avec Dieu ; là, Israël a appris à se dépouiller de sa sécurité humaine, de ses certitudes, de son autosuffisance, à découvrir que chaque pas vers la liberté, chaque morceau de pain tombé du ciel, chaque goutte d’eau qui coule d’un rocher, c’est un « miracle » pour lequel l’amour de Dieu doit être remercié. Tout est un don de Dieu, que le Peuple doit accepter avec un cœur reconnaissant. Le désert est encore le lieu et le temps du partage, de l’égalité, où chaque membre du Peuple compte sur la solidarité du reste de la communauté, où il n’y a pas d’égoïsme, d’injustice, d’arrogance, d’accaparement des biens qui appartiennent à tous, et où chacun se donne la main pour surmonter les difficultés du voyage. Dans le désert, ceux qui sont égoïstes, autosuffisants et n’acceptent pas de s’appuyer sur les autres sont condamnés à mort.
C’est cette expérience que Jésus invitera les disciples à faire. Il leur enseignera que les dons de Dieu doivent être partagés, mis au service des frères et sœurs. C’est de ce processus libérateur – qui conduit de l’égoïsme à l’amour – que naîtra la communauté du Royaume. « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Notre responsabilité de disciples de Jésus nous engage face à la « faim » dans le monde. Aucun chrétien ne peut dire qu’il n’est pas responsable du fait que 80% de l’humanité est obligée de vivre avec 20% des ressources disponibles… Aucun chrétien ne peut "se laver les mains" alors que des ressources qui devraient être au service de la santé, éducation, logement, construction de réseaux d’assainissement de base… Aucun chrétien ne peut dormir tranquille quand tant d’hommes et de femmes, après une vie de travail, reçoivent des pensions misérables qui paient à peine les médicaments, tandis que des sommes exorbitantes sont dépensées en travaux de façade qui ne font que servir à satisfaire l’ego des "propriétaires du monde"… Nous avons des responsabilités dans la façon dont le monde se construit… Que pouvons-nous faire pour que notre monde soit fondé sur d’autres valeurs ?
Nous devons faire prendre conscience que les biens créés par Dieu appartiennent à tous les hommes et non à un groupe restreint de privilégiés. Le problème de la faim dans le monde peut être résolu en recourant à une véritable révolution des mentalités, qui conduit à intérioriser la logique du partage. Les biens que Dieu a mis à la disposition de ses enfants ne peuvent être thésaurisés par certains ; appartiennent à tous et doivent être mis au service de tous. Il faut casser la logique du capitalisme sauvage, la logique égoïste du profit, et la remplacer par la logique du don, du partage, de l’amour. Sans cela, aucun changement social ne créera véritablement un monde plus juste et plus fraternel.
La deuxième lecture est un hymne à l’amour de Dieu pour les hommes. C’est cet amour – dont aucune puissance hostile ne peut nous séparer – qui explique pourquoi Dieu a envoyé son propre Fils dans le monde pour nous inviter à la fête de la vie éternelle. « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? »
